L'Agriculteur de l'Aisne 06 septembre 2010 à 11h51 | Par Emmanuel Béguin, Jean-Marie Lebrun

Production laitière régionale : quel modèle pour demain ?

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La crise actuelle du secteur laitier chamboule nos repères. Elle relance le débat sur le(s) modèle(s) de production à promouvoir pour que l’élevage laitier soit à même de s’adapter aux défis qui s’annoncent. Réfléchir au(x) modèle(s) d’avenir, c’est d’abord s’interroger sur ce qui caractérisera ce nouveau contexte, puis sur les futures attentes respectives des acteurs de la filière : éleveurs, industriels, distributeurs… sans oublier celles des citoyens ! C’est enfin identifier les enjeux majeurs auxquels vont être confrontés les producteurs à moyen terme. Le contexte Une plus forte volatilité des prix des produits et des intrants (liée à la volonté politique de l’Union européenne de libéraliser les marchés agricoles), la mise en place de liens contractuels plus directs entre producteurs et industriels ainsi qu’un renforcement de la concurrence entre bassins de production semble être trois éléments caractéristiques de "l’après quotas ". Si l’attente des éleveurs reste avant tout d’être correctement rémunérée, avoir une meilleure qualité de vie (plus de temps libre) et une reconnaissance sociale sont aussi deux points essentiels pour l’avenir. Parallèlement, la concentration des industries laitières favorise une rationalisation des outils de transformation et de la collecte dans un but de compétitivité accrue. Sécuriser l’approvisionnement en lait tout au long de l’année avec une matière première de "qualité" à un prix "concurrentiel" est une attente forte des industriels vis-à-vis des producteurs. Enfin, pour la société en général, si les injonctions en direction de l’agriculture paraissent souvent contradictoires, respect de l’environnement, "production" d’un paysage de qualité et fourniture d’aliments issus d’exploitations non "industrielles" sont des attentes fréquemment citées. Trois enjeux Pour les éleveurs laitiers, nous retiendrons les trois enjeux suivants : - être toujours plus compétitif, ce qui nécessite de maîtriser ses coûts de production ; - imaginer des systèmes de production et des modes d’organisations susceptibles de répondre aux exigences des jeunes générations d’éleveurs en matière de qualité de vie ; - adopter des systèmes de production et des modes de management en phase avec un environnement plus changeant et plus complexe. Face à ces enjeux, nous affirmons qu’il n’existe pas un seul modèle d’avenir à promouvoir. Les résultats des exploitations des réseaux d’élevage nationaux et régionaux démontrent qu’il existe de gros écarts de coût de production par litre de lait indépendamment des modèles de production : individuel/associatif, productif/économe, conventionnel/bio. Nous n’enregistrons également que peu d’écarts moyens de coût de production selon le niveau de quota de l’exploitation. Si le coût de la main-d’œuvre est un paramètre important et qui pèsera sans doute de plus en plus dans un contexte de poursuite voire d’accélération de la restructuration du secteur, le coût alimentaire, la "qualité des produits", le coût de mécanisation etc., resteront des leviers essentiels à actionner pour rester compétitif. Le choix du modèle doit donc être affaire de goût et d’objectifs des producteurs ainsi que de cohérence (prise en compte du contexte pédoclimatique et de la structure de l’exploitation : parcellaire, sols, outil de production, capitaux). Une bonne qualité de vie s’envisage aussi bien en individuel qu’en associatif. Ces deux modes d’organisation coexisteront dans l’avenir. Par contre, le contexte de volatilité des marchés nécessitera un nouveau mode de pilotage des exploitations avec plus de flexibilité dans la conduite du troupeau et plus de réactivité face à la demande des marchés.

Les résultats des exploitations des Réseaux d’élevage démontrent qu’il n’existe que peu d’écarts de coût de production selon le volume de lait produit. Les exploitations de plus grande taille bénéficient de légères économies d’échelle en matière de charges de structure et de coût du travail (il existe un lien entre lait, produit et productivité de la main-d’œuvre) mais elles sont pénalisées par des charges opérationnelles un peu plus élevées et par un produit un peu inférieur par litre de lait. Ce constat est confirmé à l’échelle nationale. De gros écarts de coûts de production Toutefois, il existe surtout d’importants écarts de coût de production entre exploitations indépendamment du modèle et de la dimension de l’exploitation. Le classement selon l’efficacité économique d’une quarantaine d’exploitations régionales aboutis à des écarts de coût de production de plus de 100 e/1000 l de lait entre tiers efficace et tiers moins efficace pour un coût de production moyen d’environ 450 e/1000 l en 2008 (graphique 1). La meilleure compétitivité s’explique avant tout par une meilleure marge brute de l’élevage (près de 50 % de l’écart) liée à un coût alimentaire plus bas et à une meilleure valorisation du produit (prix du lait, produit viande). On retrouve ensuite le coût du travail (19 % de l’écart) puis le coût de mécanisation et des bâtiments et équipements d’élevage (14 % chacun). Par rapport à nos concurrents européens, nos systèmes laitiers régionaux s’avèrent moins compétitifs en matière de coût de mécanisation mais plus compétitifs en matière de coût d’achat des quotas et de frais financiers (plus faible endettement). Par ailleurs, dès lors qu’ils sont diversifiés (cultures, viande…), nos systèmes régionaux bénéficient finalement d’une bonne productivité de la main-d’œuvre. Encore des pistes d’action sur les charges de mécanisation L'analyse du coût de production en lien avec le projet personnel de chaque éleveur permet de dégager quelques leviers d'action. Le coût alimentaire reste bien un poste important à analyser par système. Dans les zones à potentiel fourrager moindre, il nécessite de s'assurer d'une bonne sécurité fourragère en équilibrant les différentes ressources (herbe pâturée, récoltée, maïs fourrager, mélanges céréaliers). Dans les zones favorables au maïs la surveillance des coûts alimentaires provient davantage du type et des prix des concentrés achetés. Il est difficile d'intervenir annuellement sur le coût du bâtiment qui résulte davantage des choix réalisés au moment du projet et qui conditionnent les charges souvent pendant quinze à vingt ans. Par contre, dans nos régions de polyculture élevage, nous avons probablement encore des pistes d'action sur les charges de mécanisation. Le travail en Cuma ou en entraide notamment sur les chantiers de pressage, d'épandage des fumiers, lisiers, reste une solution efficace. L'approche est différente pour des chantiers tels que les récoltes en fonction du temps disponible à cette époque. Ils nécessitent aussi une très bonne organisation du groupe de travail. La délégation de travaux à l'entreprise ou à une Cuma avec chauffeur doit s'accompagner d'une diminution du matériel personnel pour s'assurer d'une baisse du coût de production. Différentes stratégies sont possibles.

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