L'Agriculteur de l'Aisne 28 mars 2011 à 14h28 | Par Patrick Desmedt

Rémunération du colza diester : un système d’intéressement en 2011

Les débouchés des bio-carburants et les ressources en protéines au menu de la réunion régionale de la FOP à Amiens.

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Malgré l’intérêt que représentent les dossiers pour la Fop et les producteurs d’oléo-protéagineux, la première de ses six réunions régionales organisée à Amiens le 16 mars sous la présidence de Gérard Tubéry, successeur de Xavier Beulin, a pâti des bonnes conditions météorologiques qui ont attiré logiquement bon nombre de participants potentiels dans les champs. Quoiqu’il en soit, parmi les sujets traités, la contractualisation, les bio-carburants et le déficit en matières riches en protéines ont tenu une bonne place.

La contractualisation chère à la Fop
Précurseur en matière de contractualisation, la Fop a engagé un processus de simplification du calcul de la rémunération du colza diester. Celle-ci intègrera dès la récolte 2011, un dispositif d’intéressement qui reflètera l’évolution économique de l’estérification à travers un indicateur. Cet intéressement complètera les autres éléments de la rémunération basé sur 100 % de la moyenne du marché à terme des graines de colza auquel s’ajoutera la prime "démarche de progrès" de 4 euros par tonne et la prime de marché variable selon les usines. Le dispositif d’intéressement réduit le risque pour les vendeurs à un écart maximum de plus ou moins 15 euros par tonne. De plus, il offre une rémunération en phase avec le matif et enfin, il est transparent puisque les évolutions des prix de l’huile de colza et du gazole qui entrent dans le calcul de l’indicateur seront communiquées chaque semaine aux membres des sociétés financières Fidicoop et Finégoce.
"Selon le contexte du marché, le prix des graines de colza destinées au diester devrait être compris à l’avenir, entre moins 11 euros et plus 19 euros par rapport au prix des graines alimentaires alors que sur les sept années précédentes, ce prix a atteint au mieux, 112 % de la moyenne du matif mais il était le plus souvent proche des 100 %", a souligné Antoine Morin, responsable du dossier de la contractualisation.

Bio-carburants et durabilité
"Les bio-carburants qui ne répondront pas aux critères de durabilité pour la mise en marché en 2012 ne seront pas pris en compte dans les objectifs et ne bénéficieront pas d’aides publiques", a rappelé Georges Vermersch, directeur et conseiller technique à Sofiprotéol. La durabilité sera définie en fonction des critères liés à  la terre avec des notions d’éligibilité et de conditionnalité et des critères liés au gaz à effet de serre et à leur réduction. Il reviendra aux collecteurs de s’assurer et de vérifier que la biomasse qu’il enregistre comme étant "durable" réponde bien aux critères. Pour cela, une certification sera nécessaire. L’agriculteur aura simplement à lui transmettre une auto-déclaration de durabilité.
Bien que repoussée à juillet 2011, une directive européenne prévoit qu’une culture énergétique dont la matière première approvisionne des usines de bio-carburants et qui remplace des terres autrefois dédiées à des cultures alimentaires est concernée par le changement d’affectation des sols. La culture alimentaire devra être produite ailleurs dans l’hypothèse où les besoins pour l’alimentation humaine sont maintenus. Cette disposition cause une incidence négative sur les objectifs de réduction des gaz à effet de serre qu’il faudra donc limiter par d’autres moyens. Une démarche de progrès est d’ores et déjà adoptée notamment en vue d’améliorer le bilan énergétique qui passe en priorité par la nutrition azotée. Une diminution de la dose d’azote sans perte de rendement en graines a déjà été observée chez les organismes stockeurs. La maîtrise de la fertilisation azotée sera donc poursuivie avec beaucoup d’abnégation.

La dépendance en protéines
"A raison de 3,4 millions de tonnes de tourteaux de soja importées en 2009-2010, la France reste largement déficitaire en protéines", a expliqué Michel Boucly, directeur général adjoint, chargé de l’engagement durable, de l’innovation et de la stratégie à Sofiprotéol. Pourtant, ce déficit a diminué de 1,5 million de tonnes grâce aux bio-carburants et à la production de tourteaux qu’ils génèrent. Cette production de tourteaux est une réelle opportunité à plus d’un titre pour l’élevage français. Elle a été multipliée par 3,5 entre 2000 et 2010 et elle est bien répartie sur le territoire. Elle est de qualité grâce à la traçabilité et compétitive par rapport au soja. Enfin, elle bénéficie d’innovations pour se substituer encore plus au soja à l’avenir. "Il reste à communiquer", reconnaît Michel Boucly.
De même pour les protéagineux complémentaires des oléagineux tant d’un point de vue agronomique qu’au regard de leurs constituants pour l’industrie de la nutrition animale. L’aide spécifique versée avec la récolte 2010 a montré la capacité de réponse des agriculteurs. Ce qui prouve que le soutien public reste indispensable pour ancrer durablement cette production dans les assolements. Les freins existent mais des recherches sont menées activement pour les lever. Société du groupe Sofiprotéol, Glon Sanders est largement mise à contribution au service des nouveaux débouchés des filières oléagineuses et protéagineuses françaises pour l’alimentation du bétail. C’est la force d’un tel groupe.

Sofiprotéol est un groupe financier créé par les producteurs en vue de développer la filière française des huiles et des protéines végétales et de capter la valeur ajoutée de l’aval de la production agricole. Quel est le retour réel pour les producteurs ?
La finalité des montages agro-industriels de la filière  est bien de contribuer au revenu des producteurs. Y arrivons-nous ? Si nous prenons l’exemple du colza, nous constatons que le prix des graines a augmenté grâce à la création de nouveaux débouchés comme les bio-carburants et aussi grâce à la création de nouveaux produits comme la Fleur de colza, huile commercialisée par Lesieur, filiale de Sofiprotéol. Et je pourrai citer bien d’autres exemples.
L’organisation des producteurs mais aussi la démarche de la filière permettent de conquérir et satisfaire les débouchés pour en capter la valeur ajoutée et la répartir entre tous les acteurs.
La contractualisation que nous avons mis en place entre les producteurs, les organismes stockeurs et les industriels depuis plusieurs années déjà est un outil indispensable dans la composition et la sécurisation du revenu. Aujourd’hui, cette approche peut inspirer d’autres filières agricoles.

En protéagineux, 2010 a connu une embellie significative des surfaces grâce à une enveloppe spécifique prévue sur trois années. Comment la conforter sachant que la marge brute de cette culture reste inférieure à celle du blé ?
Les protéagineux font partie de longue date des préoccupations de la Fop. Sur le plan politique, nous avons obtenu un plan protéagineux doté de 40 millions par an jusqu’en 2012 en sus de l’aide communautaire spécifique de 55,57 euros. Nous plaidons dans la prochaine PAC pour un nouveau plan protéines avec le maintien des aides spécifiques afin d’obtenir des surfaces significatives à même d’intéresser les utilisateurs en leur garantissant un approvisionnement régulier et de qualité. 
De plus, depuis un an, l’Unip, interprofession des protéagineux, publie chaque semaine, un indicateur du prix du pois dans l’alimentation animale destinée aux fabricants d’aliments du bétail, à la coopération et au négoce, afin de mettre en valeur sa compétitivité réelle. Sur le plan des débouchés, nous menons un gros travail de recherche en interprofession sur les utilisations notamment dans l’alimentation animale.

Quel sera l’avenir des cultures industrielles destinées au bio-diesel avec les nouvelles normes de durabilité ?
Parlons plus généralement des cultures non alimentaires envers lesquelles des critiques ont été émises en les rendant responsables de la flambée des cours ou la déforestation. Pour y faire face, la Fop a choisi d’intégrer des critères qui attestent de la compatiblilité environnementale  de ces productions. Ces critères répondent à une certification européenne qui s’appliquera en France. Mais elle doit aussi s’appliquer, avec la même rigueur, aux huiles d’importations. Il faut donc faire de ces nouvelles normes non pas une contrainte supplémentaire mais bien un avantage compétitif et comparatif pour nos productions.
Propos recueillis par Patrick Desmedt

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