L'Agriculteur de l'Aisne 23 mars 2010 à 15h58 | Par Gaëtane Trichet

Savoir-faire, passion et respect de la tradition

Michel Boilleau est viticulteur à Fossoy. Lorsqu’il parle de son produit, un mot revient souvent : passion. Portrait d’un homme amoureux de la terre, de sa vigne, de son champagne et des traditions.

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Michel Boilleau présente sa cuvée Descendance
Michel Boilleau présente sa cuvée Descendance - © l'agriculteur de l'aisne

Chez les Boilleau, on est viticulteur de père en fils et ce, depuis la Révolution. «Nous sommes toujours restés à Fossoy depuis des générations» explique Michel, installé sur ces terres depuis 1980. C’est l’un des derniers récoltants manipulants élaborateurs sur son canton, autrement dit, un viticulteur qui travaille ses vignes, son vin, ses bouteilles et les commercialisent. C’est aussi un signe de garantie.

 

Une passion tenace

Cette passion pour son métier, Michel l’a héritée de son père, agriculteur-viticulteur à Fossoy. «J’étais souvent derrière lui dès l’âge de 5 ans, et je participais aux différents travaux de la vigne, puis à l’élaboration du vin, au soutirage… A l’époque, c’était le petit qui passait derrière le tonneau pour faire la levée du vin clair», se souvient-il. Il a ensuite suivi des études à Avizes en viticulture-oenologie et s’est installé BTA en poche, sur l’exploitation familiale avec son frère et produit aujourd’hui environ 25.000 bouteilles par an.

Pour obtenir un champagne de qualité, Michel Boilleau fait attention au choix des porte-greffes, des cépages. «La qualité commence dès le départ» explique-il, préférant la qualité à la quantité. Trois cépages composent son champagne : le Chardonnay apporte la finesse, l’élégance et permet la tenue du vin, le Pinot Noir a du corps et le Meunier possède les qualités pré-citées s’il est utilisé à la bonne dose. «Au pressoir, il ne faut pas matraquer le raisin, il faut le travailler doucement avec toute la délicatesse et le doigté qu’un viticulteur puisse avoir» assure-t-il.

La tradition champenoise est respectée à Fossoy pour l’élaboration des vins. En plus d’un choix méticuleux des pieds de vigne et une attention toute particulière au cours des différents stades végétatifs de la vigne et de la maturité du raisin, les vendanges sont également un moment calculé. «Le raisin se rentre avec un taux de sucre compris entre 9,5-10,5 et une acidité autour de 7-7,5. Ce taux est important pour la tenue du vin, son goût et le vieillissement. Si on démarre les vendanges trop tôt ou trop tard, la qualité du champagne s’en ressent». Dans la bouteille, le résultat est là. «J’élève mon vin naturellement, au feeling. On ne peut pas faire du vin si on n’est pas passionné».

«Préservons les petits producteurs»

320 millions de bouteilles sont vendues chaque année dans le monde. En France, ce sont 180 millions qui trouvent acquéreurs. Michel Boilleau pousse pourtant un coup de gueule quant aux prix, en particulier dans l’Hexagone. «L’interprofession laisse certains négociants baisser leurs prix sur le marché national à destination des grandes surfaces. Ils font du tort aux petits producteurs qui ne peuvent pas en faire autant. Alors pourquoi viennent-ils détruire un marché à des prix très concurrentiels ? On ne pourra pas tenir si cela continue». Et il regrette également le manque de qualité de certains négociants qui privilégient la quantité. «L’art du vigneron se perd car tout se standardise. Les vins sont vendus de plus en plus jeunes pour faire du profit» déplore-t-il assurant qu’il n’est pas question pour lui de s’engager sur cette voie. «Je ne peux pas vendre du vin jeune, c’est impensable. Je marque ainsi ma différence».

Michel Boilleau vend sa production sur l’exploitation, sur le marché français chez quelques cavistes, et sur commande par internet. Mais attention, pas question là non plus, de vendre n’importe quand. «La spécificité de notre maison est d’apporter à la clientèle des vins qui ont quatre ou cinq ans minimum pour les bruts. Dans les millésimes, on attend 10 ans d’âge. En cave, j’ai encore du vin de 15 à 18 ans d’âge. Mon système de vinification permet de garantir un vieux vin» se félicite-t-il. Il garde même quelques précieuses bouteilles pour mémoire.

 

La cuvée Descendance est proposée en carafe couleur antique avec un bouchage agrafe style 1850 ou habillage ficelle style 1750.
La cuvée Descendance est proposée en carafe couleur antique avec un bouchage agrafe style 1850 ou habillage ficelle style 1750. - © l'agriculteur de l'aisne

Son travail a été récompensé

Michel Boilleau a participé au concours des produits du terroir lors de la Foire aux fromages à La Capelle. En 2007, il a remporté une médaille d’or avec une bouteille de blanc de blancs millésimé 1999 et en 2009,une médaille d’or avec un blanc de blancs millésimé 2000. Ce dernier, la cuvée Descendance, est le fleuron de la gamme Millésime. Elle est présentée en carafe couleur antique. Pur Chardonnay (blanc), ce champagne est proposé dans une bouteille avec bague carrée permettant un bouchage agrafe style 1850 ou un habillage ficelle style 1750 représentant le premier habillage champenois autorisé par ordonnance royale. «Ce millésime blanc de blancs est l’histoire de deux côteaux «La Grande Vigne» exploitée par Paul Boilleau, mon grand-père, sur la commune de Gland et le «Limonblin» appartenant à mes grands-parents maternels sur Fossoy. L’union de Janine et Jean-Pierre Boilleau et de leurs vignobles, la passion de leur fils Michel ont permis ce subtil assemblage qui a donné naissance à Descendance» se plait à raconter Michel Boilleau.

Les deux médailles obtenues à La Capelle conforte le viticulteur. «Il s’agit d’une reconnaissance. Certains m’ont dit «Tu le mérites, c’est une récompense pour ton travail». Peut-être, mais il faut rester humble. Je dédie ces deux médailles de La Capelle à mes parents et à tous ceux qui travaillent avec moi».

A Fossoy, Michel Boilleau reçoit des visiteurs, individuels ou en groupe et leur fait partager son savoir et sa passion. «Quand des clients arrivent, ils deviennent des participants. Lors de la visite des celliers, je leur explique, je leur raconte, je leur fais partager ma passion». La plantation, la culture, le suivi technique, l’élaboration du vin, la fermentation, l’assemblage, le délicat mélange des cépages, les arômes,… Michel Boilleau narre l’histoire de la vigne et du champagne aux clients, empreints de cette odeur si particulière des chais. «Je veux que les clients trouvent ici un champagne qu’ils n’auront pas ailleurs. C’est toute une façon de faire, c’est un état d’esprit…» déclare-t-il les yeux pétillants, fier de ses racines et fier de perpétuer la tradition champenoise, la vraie.

 

Une culture raisonnée

Le monde viticole est aussi concerné par le plan Ecophyto 2018 et ses réductions de molécules chimiques. Cela n’effraie pas complètement Michel Boilleau puisque depuis plus d’une vingtaine d’années, il raisonne ses techniques culturales. «Nous n’utilisons plus d’insecticides ni d’acaricides. On fait extrêmement attention» explique le viticulteur. En effet, jachère, écorce, sont des pratiques que Michel Boilleau a essayé et adopté. «Demain, l’herbe déjà présente dans les fourrières, endroits où le viticulteur tourne avec son matériel, sera implantée sous les vignes car elle freine les érosions, fait ressortir l’azote l’hiver et le fixe. Certes ce sont des contraintes mécaniques car sur des terrains en pente, le matériel peut glisser sur l’herbe humide et cela peut devenir une vraie piste de ski» plaisante-t-il. Mais l’autre inconvénient, c’est aussi la pousse rapide de l’herbe… et le travail à la binette qui reprend le dessus.

Mais Michel ne s’arrête pas là. Il a implanté des jachères fleuries et il a en tête de faire une haie champêtre dans les vignes par l’intermédiaire du GDV (groupement de développement viticole). «Nous serons les premiers à nous lancer. Avoir une haie est une question d’esprit. Vous savez autrefois, il y avait des arbres fruitiers dans les vignes. Alors pourquoi pas une haie qui permet de conjuguer agriculture de qualité et respect de l’environnement. Sans oublier la valorisation des paysages champenois».

 

Le champagne rosé à l’ancienne

Pour élaborer du champagne rosé, Michel Boilleau est un peu le «dernier des Mohicans». Il laisse les grappes 15 jours à 3 semaines de plus sur les vignes. «Nous égrappons à la main et foulons ensuite le raisin au pied. C’est pourquoi nous ne produisons que quelques hectolitres. Mais c’est l’âme et la passion, c’est de l’artisanat d’art» explique-t-il, fier de perpétuer une tradition ancestrale.

 

 

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