L'Agriculteur de l'Aisne 24 mai 2018 à 08h00 | Par Gil Riviere Wekstein

«Semaine pour les alternatives aux pesticides» : la grande opération marketing du lobby bio

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Depuis quelques années, la « semaine pour les alternatives aux pesticides » est devenue un marronnier médiatique, quelle place tient-elle dans le processus de fabrique de la peur ?

La semaine pour les alternatives aux pesticides a été lancée pour la première fois en 2006 à l'initiative du Mouvement pour les droits et le respect des générations futures (depuis 2011 : Générations Futures).  Et depuis, l'événement n'a cessé de monter en puissance ; il est largement sorti de la sphère écologiste militante pour devenir un marronnier médiatique et politique soutenu directement par les pouvoirs publics.

Sous une présentation « bon enfant » et politiquement innocente (« qui voudrait que l'agriculture emploie plus de pesticides » ?), cette opération fait partie d'un vaste plan de dénigrement de l'agriculture conventionnelle. Avec les « vrais-faux » rapports de Générations Futures » sur la présence de résidus de pesticides dans les aliments (qui omettent soigneusement de dire qu'il s'agit de quantités infinitésimales sans aucun danger pour la santé), elle entretient un bruit de fond médiatique quasi permanent et crée un contexte anxiogène sur l'ensemble des habitudes alimentaires. Et ça marche ! En 2016, à force de matraquage alarmiste sur l'alimentation, 79 % des Français jugent probable le risque que les aliments nuisent à leur santé.

Quelles sont les ressorts de communication de la «semaine pour les alternatives aux pesticides» ?

Vous remarquerez d'abord que dans la communication de Générations Futures et de ses partenaires, le nom de l'opération est tout autant « semaine pour les alternatives aux pesticides » que « semaine sans pesticides » (jusqu'au nom du site internet de l'opération www.semaine-sans-pesticides.fr ). Quant aux media, ils reprennent largement la dénomination de «semaine sans pesticides».

«La semaine pour les alternatives aux pesticides» quelle que soit sa dénomination est donc trompeuse. Il ne peut y avoir pour le moment d'agriculture sans pesticides, qu'elle soit bio ou conventionnelle. Et les alternatives, quand elles existent, ne peuvent complètement se substituer aux traitements phytosanitaires. La «bio» utilise elle-même largement des pesticides «naturels» dont la toxicité peut être plus importante que leurs homologues conventionnels et pour lesquels les alternatives manquent à ce jour !

Prenons l'exemple du cuivre, l'un des pesticides les plus employés en agriculture biologique. Un récent rapport d'expertise mené par les agences sanitaires françaises et allemande affirme : «Le niveau d'exposition estimé des travailleurs qui retournent dans les vignobles traités avec des formulations à base de cuivre dépasse le seuil maximal d'exposition toléré». De même, ces mêmes agences notent qu'« un risque élevé a été conclu pour tous les usages en ce qui concerne les oiseaux et les mammifères, les organismes aquatiques et les macro-organismes du sol ». Récemment, Thierry Mercier, président de l'Itab (Institut technique de l'agriculture biologique) déclarait même « On a du mal à trouver des alternatives [au cuivre]. On peut diminuer les doses, mais on est toujours addict » [1].

Quel est donc l'intérêt de Générations Futures à entretenir cette confusion ?

La réponse se trouve directement sur les sites internet de Générations Futures et de la « semaine pour les alternatives aux pesticides ». Qui sont les financeurs et partenaires ? Biocoop (chiffre d'affaire 2017 de 1,1 milliard d'euros), Léa Nature, Ekibio, Botanic, Bjorg et Bonneterre, toutes membres du Synabio, le syndicat du biobusiness. Quant à la présidente de Générations Futures, Maria Pelletier, elle est elle-même administratrice de Synabio, lobby qui regroupe les principaux groupes de distribution spécialistes du bio.

Autrement dit, «la semaine pour les alternatives aux pesticides n'est qu'une opération de marketing entretenant la «fabrique de la peur» dans une seul et même but : vendre davantage de produit de ses sponsors. Une fois les consommateurs bien alarmés par la propagande de Générations Futures, l'association les rassure et donne sa solution : consommer bio, en omettant soigneusement de dire que l'agriculture bio utilise elle aussi des pesticides.

Conséquence : 69% des Français consomment des produits bio pensant qu'ils sont meilleurs pour la santé. Le marché du bio est en pleine croissance, affichant un chiffre d'affaires de 8 milliards d'euros en 2017, avec une progression de 82 % en 5 ans. Ces entreprises battent des records de ventes non pas par la qualité intrinsèque de leurs produits mais en dénigrant leurs concurrents !

Quelles sont les conséquences de ce type d'opération pour l'agriculture française et pour les consommateurs ?

Pour l'agriculture, je ne vois aucun aspect positif que ce soit pour la « bio » ou pour les modes de cultures conventionnelles. En bio, Générations Futures ne propose aucune alternative aux pesticides comme le cuivre, le souffre, l'azadiractine, qui sont pourtant toxiques pour l'homme et la nature. Elles ne dénoncent pas non plus les conditions de production (environnementales et sociales) de certains produits bio comme la banane en provenance de pays comme l'Équateur, la République dominicaine et le Pérou [2]. Plus grave encore, ce type d'opérations marketing caricature l'agriculture conventionnelle (agriculteur = empoisonneur) et met le voile sur toutes les initiatives de la profession pour réduire et mieux utiliser les produits phytosanitaires. Quant aux consommateurs, ils payent plus chers des produits qui ne sont pas meilleurs pour leur santé !

 


 

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