L'Agriculteur de l'Aisne 28 avril 2015 à 08h00 | Par Actuagri

Stocker le carbone dans les sols agricoles, un enjeu climatique et alimentaire

Si l’agriculture participe au changement climatique, augmenter la capacité des sols à stocker le carbone permettrait d’absorber l’équivalent de toutes les émissions de gaz à effet de serre générées par l’homme. C’est l’objectif poursuivi par le programme de recherche «4 pour 1000» présenté le 27 avril au ministère de l’Agriculture.

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Evoqué par le ministre de l’Agriculture au forum Climate-smart agriculture à Montpellier en mars dernier, le programme de recherche «4 pour 1000» a pour objectif d’augmenter les stocks de carbone des sols en répondant ainsi à plusieurs enjeux : la lutte contre le changement climatique, puisqu’une augmentation de 4 pour 1000 par an des stocks de matière organique des sols serait suffisante pour compenser l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre (GES) issues de l’activité humaine, et l’augmentation de la productivité des sols dégradés par les cultures, grâce à cette matière organique supplémentaire. «Le programme vise à réconcilier la sécurité alimentaire avec le réchauffement climatique», a résumé Stéphane Le Foll à l’issue d’une réunion de travail consacrée au projet, le 27 avril, alors que la lutte contre le changement climatique est souvent considérée comme antagoniste avec l’augmentation de la productivité agricole nécessaire pour nourrir 9 milliards d’humains d’ici 2030. L’augmentation de la captation du carbone par unité de sol est possible en maximisant la couverture des sols tout au long de l’année (couverts végétaux, résidus de culture, mulchs…) ce qui favorise la photosynthèse : après avoir capté le CO2 de l’atmosphère, les végétaux le transforment en carbone qui s’accumule ainsi dans la matière organique des sols une fois les végétaux décomposés. Ce phénomène stimule la biodiversité des sols et les rend plus productifs, ce qui permet aussi de préserver la forêt, elle-même puits de carbone, face à la déforestation liée aux besoins en terres cultivables.

Point stratégique pour la COP 21

Le programme 4 pour 1000 souhaite générer un effet de levier, en définissant une méthodologie et en évaluant, grâce à la recherche et aux technologies récentes, le point de départ quant au potentiel des sols mondiaux, pour constater ensuite les effets concrets des efforts consentis. Selon Laurence Tubiana, ambassadrice chargée des négociations sur le changement climatique, le programme fait partie «des initiatives emblématiques de la présidence française» pour la COP 21, créant un espace de collaboration entre les pays dans l’idée de proposer un agenda des solutions à la fin des négociations, où l’objectif de sécurité alimentaire sera un argument de poids. «Le développement agricole sera l’un des sujets difficiles de la négociation climat, c’est un secteur dont vivent beaucoup de gens», notamment beaucoup d’agriculteurs pauvres des pays en développement, a-t-elle expliqué. Montrer que l’on peut lutter contre le changement climatique en améliorant la sécurité alimentaire est primordial pour convaincre un certain nombre de pays qui ne sont pas allés au bout de la révolution verte et ont besoin de nourrir une population nombreuse. Pour les dirigeants de ces pays, il s’agit d’un véritable choix politique, celui «de passer directement à l’étape supérieure et non par le modèle qui est en train d’être dépassé», considère Stéphane Le Foll. Un débat crucial pour convaincre des pays comme la Chine ou l’Inde, réticente sur le sujet, ainsi les pays africains où les sols des régions arides ou semi-arides sont très dégradés en partie à cause des effets du changement climatique. Le but étant au final de parvenir à un accord le plus large possible à l’issue des négociations. Pour y contribuer, un calendrier de travail a été défini avec, en juillet, un colloque de l’Unesco sur les enjeux scientifiques et un colloque avec les négociateurs de la COP 21, puis en septembre la suite du travail méthodologique à l’OCDE de sorte à «définir un programme d’actions qui s’inscrive dans le cadre de la COP 21», a ainsi insisté Stéphane Le Foll.

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