L'Agriculteur de l'Aisne 15 avril 2013 à 14h02 | Par Gaetane Trichet

Structure - La richesse de demain sera tirée de toutes les intelligences

L'assemblée générale du centre de gestion axones, AS Aisne Comptagri, a eu lieu le 8 mars à Samoussy.

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Marc Halévy, prospectiviste
Marc Halévy, prospectiviste - © l'agriculteur de l'aisne
"Depuis plusieurs années, nous ressentons des changements importants de notre environnement économique. AS Aisne Comptagri doit accompagner ses adhérents dans ces évolutions. C'est pourquoi nous avons le souci, à chaque assemblée générale, de partager notre réflexion avec un spécialiste du sujet pour aider chacun d'entre nous à faire évoluer sa stratégie d'entreprise». C'est par ces mots que Jean Luc Villain, président d'AS Aisne Comptagri, a souhaité introduire le débat «Vers un nouveau modèle économique». La crise européenne est loin d'être terminée. Et pourtant, il faut aller de l'avant. Finie l'économie d'hier, il faut en construire une nouvelle axée sur l'innovation et sur l'intelligence. C'est ce qu'a expliqué Marc Halévy, prospectiviste, lors de l'assemblée générale d'AS Aisne Comptagri le 8 mars dernier à Samoussy.

«On ne reviendra pas en arrière»
En 1972, l'OCDE demande à Philip Meadow un rapport sur l'avenir de l'économie mondiale à horizon 2100. Son modèle fait ressortir que l'économie résulte de la rencontre d'une offre et d'une demande. Il se pose alors la question comment vont évoluer ces deux indices ? «Très logiquement la demande économique globale mondiale est proportionnelle au nombre d'humains qu'il y a sur Terre. Oui, mais l'offre ? Pour pouvoir proposer une offre, il faut nécessairement avoir les ressources pour les produire» a commenté Marc Halévy, reprenant les conclusions de Philip Meadow. Mais la démographie évolue. Il y a deux cents ans, 1 milliard d'êtres humains étaient sur Terre. En 1900 : 1,7 milliard, en 2000 : 6 milliards, aujourd'hui 7,5 milliards et en 2050, nous serons entre 9 et 10 milliards selon les estimations. Les stocks vont-ils évoluer au même rythme ? «Dans le pire des cas, on se trouvera dans cette phase de basculement entre en amont l'abondance et en aval la pénurie. Cela aura lieu en 2150 à 2200» avait conclu Philip Meadow. Or, même si on raisonnement était juste, il est parti avec des chiffres erronés, ce qui a faussé sa vision, en tout cas la date prévue. La preuve, les courbes de la démographie et des ressources se sont croisées dans les années 2000. La première monte alors que la deuxième descend puisqu'on a commencé à puiser dans les stocks car les ressources (terre, eau, métaux rares, énergie fossile...) indispensables à l'activité humaine ont diminué. D'ailleurs, cette raréfaction des matières a provoqué, des hausses de prix et donc de charges. «Cette grande rupture implique des changements radicaux dans nos logiques socio-économiques. Nous sommes à une bifurcation, un changement de logique» a annoncé Marc Halévy. «On nous dit qu'à partir de 2014, ça ira mieux. Mais ce n'est pas vrai ! C'est un mensonge éhonté» a-t-il prévenu.  «Tout simplement parce que le monde d'avant est irréversiblement marginalisé. On ne reviendra pas en arrière».
9 mots, 9 explications
En illustrant ses propos par une courbe descendante rouge intitulée «sortir» et une courbe verte montante «construire», Marc Halévy a expliqué : les entreprises ont grossi pour gagner économiquement et aussi pour rayer la concurrence en baissant au maximum leur prix, obligeant les plus petits à réduire eux-mêmes leurs tarifs. «Mais on est au bout de ce système. On ne peut plus baisser, surtout lorsque les charges augmentent à côté. Les «gros» sont en train de tuer tous leurs fournisseurs. Cette logique de masse a une limite. Tout le monde en a profité certes» a constaté l'intervenant, «mais on frise l'absurde en tirant trop sur la corde». Pour lui, il faut à l'inverse, aller vers une économie de niche à haute valeur d'usage. C'est-à-dire,  en se démarquant avec de l'innovation et de la qualité. «C'est une autre façon de voir le métier, c'est une autre façon de partager les bénéfices. Il faut émerger et reprendre la main quel que soit le secteur d'activité»soulignant qu'il ne fallait rien attendre des politiques. «Alors -et selon les courbes de Marc Halévy-la rouge est synonyme de prix bas, masse et standardisation. La verte, c'est tout le contraire». Pour expliquer sa prospective, Marc Halévy a énoncé 9 mots, parfois barbares mais très explicites. Premièrement, la démassification. «Il faut stopper de toute urgence l'économie de masse et entrer dans une logique de volume qui dégage de la marge, de la plus-value. Sortons du mythe de la ménagère de 40 ans. Elle n'existe pas. Chaque consommatrice achète selon ses goûts, ses envies, ses humeurs, à un moment précis et non pas parce qu'elle a 40 ans. La réalité, c'est une segmentation des achats dans des niches. Il n'y a plus de comportement d'achat de masse». Deuxième terme lancé par Marc Halévy : autonomisation. «Il est nécessaire de sortir de la dépendance de l'Etat et s'éloigner des «dinosaures». Diminuer la dépendance, rendre les équipes plus autonomes, obtenir un pouvoir, faire autorité. Pour les agriculteurs, c'est obtenir une exploitation autonome qui ne soit pas orientée par les industriels, par les gros groupes.Troisièmement, la relocalisation. «Aujourd'hui, on baigne dans une globalisation de l'immatériel. On globalise les problèmes, les échanges, l'information, les connaissances... c'est pour tout le monde pareil». Marc Halévy remet en avant l'économie de proximité. «Il est grand temps de rapatrier les savoir-faire précieux et la relocalisation baissera les coûts (de transport notamment) qui vont devenir prohibitifs.  En délocalisant, on s'est privé de l'intelligence de gens qui savaient travailler sur place et ce, dans tous les métiers. Les agriculteurs doivent redévelopper des activités de terroir» a-t-il expliqué aux adhérents d'AS Aisne Comptagri.Innovation. «Vous êtes dans une phase de créativité. On peut tout réinventer. La façon de produire plus, mieux, avec moins, trouver de nouveaux modes de culture, de nouvelles énergies...».
La procentration (pour professionnel et centre). Inventé par  Marc Halévy, ce mot signifie mettre son  savoir faire au coeur de son entreprise. Exceller dans la maîtrise de son métier, inventorier ses savoir-faire stratégiques et leurs porteurs, construire sa stratégie en fonction de ses potentialités. «Cultivez au maximum votre savoir-faire, revenez à votre vrai métier. Le savoir-faire paysan, vous êtes les seuls et les derniers à le posséder» a-t-il insisté, encourageant les agriculteurs à se réapproprier les questions d'environnement et de territoire.La qualification : dans toute cette évolution, la qualité de produits et des services doit passer de la valeur d'échange (logique de prix bas) à la valeur d'usage (logique d'utilité durable). «Le prix bon marché finit toujours par coûter cher... ! Et la qualité doit se trouver également dans le management et dans la vie au travail, retrouver un sens à ce que l'on fait et le faire avec plaisir !». Immatérialisation : «l'intelligence, c'est le développement de tous les métiers. Votre pérennité dépend de toutes les formes d'intelligence que vous mettrez au profit de vos exploitations». Synchronisation : «le mythe de la planification est démoli. On ne sait pas comment évoluent les marchés. On ne parle plus d'allocation fixe du temps sur les étapes de chaque projet en fonction d'objectifs d'avancement, mais de réallocation permanente des ressources sur plusieurs projets parallèles en fonction des circonstances». Réticulation : «votre secteur devient de plus en plus complexe, avec de plus en plus d'acteurs. Face à cela, le réseau est une bonne solution. Travailler ensemble, en réseau, permet d'avancer». Pour conclure, Marc Halévy a expliqué aux adhérents d'AS Aisne Comptagri que «la richesse de demain s'obtiendra non pas par le travail qui permet de vivre pas de devenir riche, ni du capital qui s'effrite, mais bien par toutes les intelligences».
«On nous ment !» deplore M.HALEVY

- Ceux qui disent que la crise systémique finira bientôt, mentent.
- Ceux qui disent que les USA et son dollar seront toujours la référence, mentent.
- Ceux qui disent que les technologies pallieront les pénuries, mentent.
- Ceux qui disent que la finance spéculative a pris sa leçon, mentent.
- Ceux qui disent que la logique consommation/endettement/croissance a un avenir, mentent.
- Ceux qui disent que tout finira par redevenir comme avant, mentent.- Ils feignent d'oublier trois irréversibilités majeures :
. le ratio consommation/ressources est durablement déficitaire,
. la numérisation et la dématérialisation induisent un saut de complexité,
. la richesse ne vient plus ni du travail, ni du capital, mais de l'intelligence.

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