L'Agriculteur de l'Aisne 08 juillet 2011 à 14h29 | Par Gaetane Trichet

Syndicalisme lait - La France doit conserver sa production laitière pour faire face à la demande croissante

Qu’avons-nous à apprendre de nos concurrents ? Tel était le thème de l’assemblée générale du syndicat des producteurs de lait qui s’est tenue à Laon le 21 juin dernier.

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Oui, qu’avons-nous à apprendre de nos concurrents ? Sont-ils meilleurs, sont-ils dangereux pour les éleveurs laitiers français ? Philippe Chotteau, responsable du service économique de l’institut de l’élevage, décrit l’Allemagne comme un Etat diversifié et robuste, les Pays-Bas comme un état  efficace et enclin à la concentration et le Danemark comme celui qui prône l’agrandissement mais doit supporter un fort taux d’endettement. La France, quant à elle, se divise en trois zones laitières de plaine, de polyculture-élevage et de montagne et piémonts.

France, Allemagne, Danemark, Pays-Bas : le tournoi des 4 nations
Philippe Chotteau a cartographié le paysage laitier de ces trois pays qui se ressemblent sur plusieurs points : ils sont excédentaires c’est-à-dire qu’ils exportent plus de lait qu’ils n’en importent, les quotas sont une vraie limite à l’expansion de leur production, leurs élevages sont pour la plupart, plutôt spécialisés et enfin, ils pratiquent une gestion marchande des quotas. Par ailleurs, leur taux de restructuration est assez important, en particulier celui du Danemark qui a perdu 70 % de ses producteurs en 15 ans. Puis Philippe Chotteau a comparé ces trois états avec la France. Explications.
L’Allemagne : la politique agricole allemande est ciblée sur les grands élevages. Un mode de succession agricole propice à l’agrandissement, des aides à l’investissement pour les gros élevages, un prix du lait très réactif aux marchés, un mode de fixation différent du prix du lait, un prix payé identique sur une longue période malgré une filière allemande moins valorisante, une gestion plus souple et réactive des droits à produire… sont autant d’éléments qui permettent aux producteurs de lait allemands de tirer leur épingle du jeu. Oui mais voilà, le paysage laitier en Allemagne risque de changer. A y regarder de plus près, trois grandes zones se distinguent dans ce pays. Au sud, la Bavière est une région agricole où se concentrent plus de la moitié des producteurs de lait. «34 % des vaches se trouvent dans des petites fermes du sud, une  région qui ne dépasse pas son quota» commentait-il. 1/3 de la collecte nationale y est produite dans des ateliers assez peu spécialisés plutôt de petite taille (29 vaches laitières et 170 000 kg en moyenne). Pour 60 % de ces exploitations, le lait n’est pas la dominante et les exploitants sont souvent des doubles actifs, travaillant pour l’industrie très présente dans le sud de l’Allemagne. La restructuration n’atteint que 4 % par an dans cette région. Les charges sont certes élevées, tout comme les coûts de production qui sont cependant, compensés largement par les aides directes du 2ème pilier. La valorisation de leur lait en fromages et en yaourts offre aux exploitants allemands du sud un prix du lait supérieur à la moyenne nationale et en fait les plus «riches» du pays.
«Les modèles de production avec les plus gros ateliers se situent à l’Est du pays, héritage incontestable  de la RDA». Moins de 5000 élevages font 22 % de la collecte nationale. Les ateliers sont concentrés, la restructuration des élevages est moins rapide depuis 2000. Cependant le salariat y est peu formé, bon marché et vieillissant. «Des éléments qui annoncent un avenir incertain pour de nombreuses entreprises dans ce land». Enfin, dans le Nord de l’Allemagne, on trouve 30 % des éleveurs sur des entreprises familiales solides. Ils fournissent 38 % de la production nationale, une production croissante notamment dans les régions herbagères et côtières. Les ateliers sont bien structurés avec 70 VL en moyenne pour 500 000 kg. La restructuration y est plus rapide que dans le sud du pays avec 6 % par an. On y trouve des systèmes fourragers mixtes : pâturage + maïs. Les exploitants investissent beaucoup dans les bâtiments, emploient des salariés dans les fermes de plus de 100 vaches, alors que le prix du lait se trouve sous la moyenne nationale. La valorisation du lait est réalisée surtout en produits industriels et fromages ingrédients.
Ce triptyque allemand risque donc d’avoir un nouveau visage dans les années à venir. Il semblerait que la production laitière tende à s’imposer dans le nord et l’extrême sud du pays.
L’Allemagne qui ressemble le plus à la France au niveau de la production, est un pays plus ouvert aux échanges mondiaux avec une part plus élevée de la production exportée et des importations plus significatives que la France, qui elle, préfère le marché intérieur.
L’Allemagne se place plutôt sur des fabrications moins élaborées, actionne un pilotage de la filière par l’offre, et voit naître des obstacles à sa volonté de croissance comme le renouvellement du personnel salarié à l’Est, la conjoncture des marchés céréaliers…

Les Pays-Bas coincés entre production et environnement
Les Pays-Bas possèdent une production bien valorisée, un maillon «transformation» concentré et structuré, un modèle laitier intensif et performant, rentable et solide malgré des investissements élevés. 19 000 exploitations agricoles spécialisées ont en moyenne  1,5 UTA familiale et 0,2 UTA salariée. Une production de  370 tonnes/UTA, sur une SAU faible : 49 ha en 2009. La prairie est au coeur du système fourrager, mais une prairie de moins en moins pâturée. Les cheptels y sont plus confinés (80 VL en moyenne). «Les résultats techniques sont remarquables : une production par vache de 7 500 kg et une productivité fourragère à 13 000 kg par hectare de SFP. Mais ce potentiel est soumis à des contraintes environnementales croissantes et multiples» a expliqué l’intervenant soulignant également un endettement élevé, en moyenne 600 000 euros soit 1 euro du kilo de lait produit. Aussi, selon Philippe Chotteau, le devenir de la production hollandaise dépendra des rapports de force entre les enjeux économiques et environnementaux, mais aussi des progrès techniques comme l’alimentation des vaches laitières ou encore la gestion des effluents d’élevage au sol.
Philippe Cotteau
Philippe Cotteau - © l'agriculteur de l'aisne
Au Danemark, le choix national s’est porté sur la restructuration. «On compte dans ce pays, 4100 ateliers en 2010 avec en moyenne 140 vaches. Ils ont misé sur une transformation profonde du modèle de production avec une modernisation des ateliers et des investissements dans des bâtiments surdimensionnés. A côté de cela, on trouve une conduite simplifiée et standardisée». Mais ce modèle danois est assez fragile financièrement.
Dans ce pays, l’interprofession est promoteur du modèle danois et pilote de la filière. La coopérative Arla, collecte et transforme 95 % de la production, offrant un prix de base uniforme pour tout le pays. Enfin, la filière est plutôt tournée vers l’export.

Saisir toutes les opportunités dans le bassin laitier Picardie Ardennes Nord
Même s’ils ont eu des résultats faibles et inhabituels en 2009, les trois pays du nord de l’Europe restent certes des concurrents sérieux pour la France. Ce sont des pays avec une production laitière solide et des logiques filière propices à la croissance. Cependant, leurs économies laitières sont soumises à des facteurs limitants selon les pays comme la politique agro-énergétique en Allemagne, la pression environnementale aux Pays-Bas et la fragilité financière des élevages au Danemark.
C’est pourquoi la France a tout à fait sa carte à jouer et doit profiter de leurs désavantages.
En particulier dans le bassin Picardie-Nord-Pas-de-Calais-Ar-dennes qui est la plus élevée des zones de polyculture-élevage. Avec 2,4 milliards de litres de lait, elle occupe la 4ème place des livraisons en France sur les 9 bassins existants. «Le bassin Nord Picardie Ardennes est un modèle réduit de la France laitière avec des structures d’exploitation dans la moyenne, des zones de polyculture élevage et d’autres herbagères et un mix produit diversifié (produits frais, AOC, ingrédients…). Ses opportunités ? Une bonne densité d’exploitations et de collecteurs, une dynamique laitière certaine, une localisation géographique proche des bassins de consommation européens, de la disponibilité de sous-produits, des systèmes de polyculture-élevage et leurs avantages, et peu de problèmes environnementaux» a assuré Philippe Chotteau.
«L’avenir c’est avant tout une histoire d’hommes et de femmes qui décident de le construire en-semble» a-t-il conclu, expliquant que c’est en se battant et en saisissant les opportunités que le lait aura de l’avenir dans le bassin laitier Nord-Picardie- Ardennes.
Henri Noël Lampaert, qui vient d'être réélu président du SDPL
Henri Noël Lampaert, qui vient d'être réélu président du SDPL - © Réussir - l'agriculteur de l'aisne

«La production laitière mondiale ne se fera pas sans nous»

«La campagne 2009 était à oublier rapidement pour les producteurs mais les conséquences sont encore là. En 2010 la remontée des cours des produits industriels a permis une nette amélioration du prix du lait, néanmoins avec la hausse des charges, le revenu moyen par UTH reste bas et ne permet pas d’envisager sereinement l’avenir des producteurs. Le lait reste une production qui exige de gros moyens tant humains que financiers» a expliqué Henri-Noël Lampaert. Aussi pour assurer l’avenir, la contractualisation est l’un des outils qui ont été mis en avant. «L’expertise par la FNPL des différentes propositions de contrats des transformateurs privés et l’appui technique et juridique qu’elle nous apporte devraient permettre la mise en oeuvre de conditions qui renforcent le pouvoir de négociation des producteurs et ainsi conduire à des contrats écrits équilibrés». Dans les coopératives, cette contractualisation est effective et se traduit par une validation du règlement intérieur par les conseils d’administration. «Cette évolution doit être l’occasion pour les coopératives d’une véritable consultation et de discussions avec les associés-coopérateurs». Mais la contractualisation est souvent l’occasion d’introduire la notion de double prix et volumes différenciés. «Méfions-nous de cette approche qui apparaît favorable au producteur dans le contexte économique actuel, grâce aux cours élevés des produits industriels. Cette tendance peut rapidement s’inverser en affectant la recette laitière et la rentabilité de l’atelier lait. Une base doit être sécurisée avec des évolutions possibles mais dans une transparence quant aux volumes et utilisations. La saisonnalité, quant à elle, doit être un plus pour le producteur qui met les moyens pour produire pendant le creux estival. Elle ne doit en aucun cas se traduire par des pénalités» a prévenu Henri-Noël Lampaert.
Le président a fait un point sur la directive nitrates, le relèvement des seuils pour les installations classées, l’ODG maroilles avec la mise en place difficile du cahier des charges, avant de s’arrêter sur les aléas climatiques, en particulier sur les conséquences de la neige sur le ramassage du lait. «Merci aux éleveurs qui ont su dans un élan de solidarité participer au déblaiement de la neige et au remorquage des véhicules. Félicitations aux coopératives et aux entreprises qui ont su mutualiser la perte de lait de certains producteurs contraints d’ouvrir leurs tanks. Des mesures doivent être prises dans l’avenir pour limiter pareille catastrophe : aux autorités administratives, nous demandons des dérogations permanentes de transport pour le lait, et un déblaiement plus rapide de la neige avec des conventionnements ; aux entreprises, nous demandons d’avoir des moyens pour faciliter la collecte, tels que le chaînage et des petits porteurs» a-t-il souligné, abordant ensuite la sécheresse qui sévit depuis le début de l’année et l’appel à la solidarité des céréaliers envers les éleveurs mis en place par le syndicalisme.
Pour conclure, le président se veut optimiste malgré tout : «c’est vrai, des difficultés existent mais la production laitière mondiale de demain ne se fera pas sans nos régions, sans notre département, sans nous. Notre département reste très compétitif et en tout cas, dans la compétition».

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