L'Agriculteur de l'Aisne 10 novembre 2011 à 10h33 | Par Alain tournier, Mathilde Lheureux, Dominique Demuynck Ewen Gery, Marc Guillaumin, Jean Pierre Josselin

Technique culturale - Gestion des adventices dans la rotation : leviers agronomiques et utilisation du modèle Odéra

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Des événements récents ont perturbé les marchés agricoles et par rebondissement,  les choix de production des agriculteurs : la réforme du marché du sucre qui a vu la fermeture de sucreries et la disparition de certaines zones de production, et le prix des matières premières qui a entraîné dans son sillage celui des céréales et des graines oléagineuses. Ces deux facteurs contribuent à une modification des choix de production qui se traduit dans le nord de la France, par une simplification des assolements avec plus de céréales et des rotations avec moins de cultures. Des choix de gestion en matière de dépendance énergétique et de temps de travail ont aussi contribué à la simplification du travail du sol : non labour, moins de déchaumage,... Les conséquences sont une difficulté dans la gestion des adventices dans la rotation. Différents leviers agronomiques existent afin de contribuer à une gestion durable du désherbage en céréales : l’effet du travail du sol, l’effet de la date de semis, le type de travail de sol, la rotation, la densité de semis de la culture...
Ces différents leviers purement agronomiques peuvent être croisés aux  connaissances en matière de «malherbologie» afin de proposer des solutions techniques fiables. C’est ce qu’a fait Agro Transfert qui, en s’appuyant sur les connaissances en matière de malherbologie de l’INRA de Dijon, a construit un outil expert qui permet de simuler les effets des modifications de pratiques sur la flore des parcelles agricoles.
Cet outil nommé ODERA-Systèmes (Outil D’Evaluation du Risque en Adventices dans les systèmes de culture)  travaille  à partir des caractéristiques des parcelles sur lesquelles on souhaite faire des simulations : rotation, date de semis, travail du sol (type, nombre d’intervention, dates,…) des densités de semis des cultures (couverture du sol), et surtout de la flore présente et de son abondance estimée par l’agriculteur et/ou son technicien.

Les paramètres sont croisés et mis en images
Les connaissances acquises depuis plusieurs années par l’INRA de Dijon et en particulier l’UMR biologie et gestion des adventices, ont permis la création de cet outil qui, à partir d’une situation parcellaire décrite, permet en faisant varier des paramètres techniques et agronomiques (date de semis, travail du sol , faux semis...) d’évaluer les effets que cela peut avoir sur l’évolution de la flore  de la parcelle et en particulier celle qui a été décrite au préalable comme dominante et la plus fréquente.
A titre d’exemple, on peut simuler les modifications en matière de déchaumage des parcelles : nombre, dates. On peut aussi regarder l’effet d’un faux semis sur une céréale d’hiver ou avant un semis de betterave ou de maïs. On peut aussi proposer une modification de la date de semis ou même faire varier la densité de semis qui aura un effet sur la couverture du sol. Ces modifications de pratiques, on le sait, ont un ou des effets sur le salissement de la culture mais aussi sur le stock de semences. Ainsi par exemple un blé semé au 1er octobre  ne devrait pas contrarier les levées de vulpin dont le pic de levée est autour du 15 octobre. Si ce même semis est décalé de 10 jours et qu’en plus il est précédé d’un faux semis, on va pouvoir mesurer l’effet de cette modification de pratique en termes de tendance à la baisse sur la population de vulpin. (Voir graphique 1).
Plus simplement une modification de la rotation par l’ajout d’une ou plusieurs cultures, l’ordre des cultures dans la rotation vont se traduire par des effets à la baisse sur certaines adventices et peut-être des augmentations pour d’autres. On doit garder à l’esprit que les limites de cet outil sont celles que l’utilisateur choisira ou celles dont il doit tenir compte en connaissance des facteurs limitants de la parcelle (type de sol), du climat et du temps de travail disponible (voir graphiques 2 et 3).
Créé au départ pour évaluer les effets du système de production sur l’évolution du salissement des parcelles pour ensuite apporter des améliorations dans les pratiques de nature à corriger  les soucis d’enherbement, l’outil ODERA-Système met en évidence des outils agronomiques disponibles mais peu développés. Ainsi la technique du faux semis, l’utilisation des outils de désherbage mécanique font partie des leviers dont on peut aujourd’hui apprécier l’intérêt pourtant décrié par certains qui voient  peut-être là une caricature de l’agronomie ou peut-être plus simplement une certaine forme de concurrence…

Pourquoi se fier à un tel outil ?
Individuellement un agriculteur peut et s’il le souhaite avec l’aide de son conseiller, utiliser cet outil qui est une excellente porte d’entrée pour réfléchir à des adaptations techniques réalistes sur son exploitation. Collectivement, c’est une approche intéressante car les solutions chimiques se renouvellent moins vite que n’apparaissent les populations adventices résistantes. Une gestion raisonnable du salissement des parcelles et de l’exploitation peut aussi avoir des conséquences économiques et patrimoniales non négligeables.

Les Chambres d’agriculture de l’Aisne, de l’Oise et de la Somme, en collaboration avec les instituts et les firmes, expérimentent des moyens de luttes pour concilier l’évolution des pratiques et la maîtrise des adventices. L’équipe régionale d’expérimentation a mis en place une plate-forme d’essais sur le désherbage des graminées en blé. Une visite de cette plate-forme aura lieu le 25 novembre à Bailleul-le-Soc, où sera présenté le modèle ODERA et seront abordées les thématiques suivantes  : travail du sol, date de semis et moyens de lutte chimique et mécanique (démonstration de herse étrille et houe rotative).

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