L'Agriculteur de l'Aisne 07 octobre 2011 à 16h03 | Par Gérald Le Page

Un pôle de conversion pour dynamiser l’agriculture biologique en Picardie

La bio n’est pas assez développée dans la région, l’accompagnement à la conversion va être renforcé.

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En matière d’agriculture biologique la Picardie n’est pas bonne élève. La région se classe en queue de peloton, au vingtième rang régional. Malgré une progression significative depuis trois ans, la part de l’agriculture biologique n’y représentait fin 2010 que 0,5 % de la surface agricole (contre 3 % pour la moyenne nationale) et 1,5 % des exploitations. Pour les autres maillons de la filière, la région comptait 149 transformateurs, mais seulement onze 100 % bio, et une quarantaine de distributeurs ce qui est peu. Tel est le constat qui a été dressé lors de la conférence régionale sur l’agriculture biologique organisée pour la troisième année consécutive par la Direction régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt (Draaf) le 27 septembre dernier à Amiens. 

Le bio n’est plus une niche
La demande en produits bio est pourtant là. "Le bio n’est plus une niche, c’est une tendance de fond", a assuré Elisabeth Mercier, directrice de l’Agence Bio. "Le marché des produits bio a été multiplié par deux en cinq ans, il a progressé de plus de 10 % en 2010, et, malgré le contexte actuel de crise, l’on peut d’ores et déjà dire que la croissance se poursuivra au même rythme cette année pour atteindre un chiffre d’affaires qui devrait approcher les 4 milliards d’euros". Elisabeth Mercier a également souligné la part croissante du bio en restauration collective : plus de huit gestionnaires d’établissements sur dix disent qu’ils en introduiront dans les préparations en 2012.  Et ceci en maîtrisant les coûts. "Nous avons besoin que des fermes de grandes cultures se convertissent au bio", a-t-elle conclu.

Changement de monde
Mais on ne passe pas à l’agriculture biologique du jour au lendemain. "Nous sommes dans un système de fonctionnement où les choses vont toutes seules, il y a la coopérative, les organisations agricoles, les conseillers… ça roule… Et voilà que l’on se retrouve tout d’un coup dans un monde qui n’est plus du tout pareil à tous les points de vue : technique, commercial…", a témoigné François Lefèvre. Il exploite avec son cousin et trois salariés 585 ha de grandes cultures près de Saint-Just dans l’Oise. Ils ont converti l’an dernier le quart de leur exploitation, incité par le fait qu’ils se trouvent en partie dans une aire de captage d’eau potable. "Au départ on est inquiet, les visites d’exploitations bio sont rassurantes, poursuit François Lefèvre. Et puis on a la chance aujourd’hui d’être accompagnés dans la démarche de conversion. Des gens sont toujours là pour conseiller, aider.  Car le bio ne s’improvise pas, c’est très technique, pour maîtriser le salissement des terres notamment. Mais on a aussi plus d’échanges quand on est entré dans ce mode de production, on rencontre des gens qui vont plus loin dans la réflexion".

Aller plus loin dans l’accompagnement des conversions
C’est justement par le renforcement de l’accompagnement des agriculteurs que l’on pourra accentuer la dynamique de conversion dans la région. Patrick Dauron, président d’Agrobio Poitou-Charentes, a expliqué comment dans sa région les différentes parties prenantes (organisations bio, chambres, collectivités, organismes économiques, Draaf, etc.) ont réussi à s’entendre pour travailler de concert au sein d’un pôle conversion mis en place l’an dernier, et dont l’initiative revient à la Fnab (Fédération nationale de l’agriculture biologique). "Ce dispositif fonctionne comme un entonnoir, a indiqué Patrick Dauron. Tous les partenaires peuvent répondre aux premières questions que se pose le candidat à la conversion. Ensuite, celui-ci est mis en relation avec un conseiller référent qui l’orientera vers les personnes compétentes pour chacun des problèmes rencontrés jusqu’à la concrétisation de son projet". Ce pôle bénéficie d’une identité visuelle bien marquée. Il bénéfice de subventions de la région, des départements, de l’Etat et des partenaires.

Synergie chambre d'agriculture-ABP
Ce modèle a sans doute inspiré la Picardie puisque la région a décidé de se doter elle aussi d’un outil similaire. En réponse à un appel à projet lancé par le Conseil régional, l’ABP (Agriculture biologique en Picardie) et la Chambre régionale d’agriculture ont proposé la création d’un pôle de conversion picard. Comme l’ont expliqué Marie Nicolay (ABP) et Olivier Morel (Chambre régionale), il s’agit d’instaurer une synergie entre les deux organismes et d’intégrer d’autres partenaires comme les centres de gestion. L’un des principaux objectifs de cette démarche est de clarifier le parcours de conversion pour que chacun puisse trouver facilement les informations.
Un parcours théorique a été défini. Il comporte cinq étapes :
- l’entrée : le pôle sera accessible par un numéro vert unique et l’agriculteur devra choir une personne référente qui sera son accompagnateur privilégié tout au long du parcours. Un diagnostic initial et global de conversion sera réalisé ;
- l’étude technico-économique du projet ;
- la rencontre avec différents intervenants pour finaliser les choix ;
- la réalisation du projet et les démarches administratives ;
- le suivi de la conversion.
La gouvernance du pôle sera assurée par un comité de pilotage auquel participeront : le Conseil régional, la Draaf, la Chambre régionale, l’ABP. Il restera ouvert à d’autres organismes.
Tout devait être opérationnel en 2012. Avec ce pôle, il y aura davantage de concertation entre des gens gravitant autour d’un même projet. "Il y a encore trois ou quatre ans, il existait une défiance entre les structures, a commenté Raoul Leturcq, président de l’ABP. Aujourd’hui, on pose la première pierre d’un accompagnement partagé".

La collecte des céréales commence à se structurer

Jusqu’à récemment les agriculteurs bio de la région ne disposaient que de deux coopératives de collecte des céréales. La plus ancienne, créée en 1988, Biocer collecte 10 000 tonnes sur dix-huit départements dont ceux de Picardie où elle possède un site de stockage (Fouilloy dans la Somme). Plus récente, créée en 2002, ABio collecte 2200 tonnes sur la région.
L’an dernier la coopérative Cohésis a ouvert une activité bio et elle a collecté 900 tonnes sur l’Aisne, la Marne et la Seine-et-Marne.
Plus intéressante est la constitution au début de cette année de l’Ucbc (Union de coopératives bio céréales) qui s’étend sur la Picardie, la Haute-Normandie et l’Ile de France. Elle regroupe huit coopératives céréalières qui ont mutualisé une activité bio : AXion et Cerena dans l’Aisne, Agora, Milly-sur-Thérain et Val France dans l’Oise, Noriap et Rosières dans la Somme, Sevepi dans l’Eure. L’union dispose de deux sites de stockage, l’un de 1400 tonnes à Flixecourt dans la Somme, l’autre de 2500 tonnes à Bréval dans les Yvelines. "Les coopératives conventionnelles ne s’intéressent pas trop au bio, les agriculteurs bio sont disséminés, les volumes sont faibles. La solution, c’est la mutualisation", commente Gonzague Proot, président de l’Ucbc. Au sein de cette structure, il y a deux référents et un responsable qualité par coopérative adhérente, soit 24 interlocuteurs bio sur la zone. L’Ucbc a confié à Agralys, une copérative du Centre, la commercialisation de sa collecte. Gonzague Proot estime que la mixité (conventionnel et bio) est une bonne chose que ce soit chez les agriculteurs, les coopératives et dans les systèmes de culture. "L’agriculture biologique ne supporte pas la spécialisation, il lui faut de la polyculture élevage, et elle peut se pratiquer en association".

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