L'Agriculteur de l'Aisne 21 novembre 2018 à 09h00 | Par Actuagri

Vers un inéluctable retour au labour ?

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- © l'agriculteur de l'Aisne

Suite à la décision du gouvernement d’interdire l’utilisation du glyphosate, l’agriculture de conservation, pourtant vertueuse sur le plan environnemental, risque un retour en arrière si aucune alternative efficace n’est trouvée dans les trois ans. L’interdiction du glyphosate pour la majorité des usages dans les trois ans et pour tous les usages dans les cinq ans a été acté par le gouvernement qui tient à envoyer un symbole fort à la société civile, après les polémiques sur sa dangerosité. Dans cette dynamique, le monde agricole s’est mobilisé pour définir et diffuser des bonnes pratiques destinées à réduire l’utilisation des pesticides, à travers un Contrat de solutions, lancé en 2018 par la FNSEA et une quarantaine de partenaires. Néanmoins, pour certaines pratiques agricoles, les solutions ne seront pas disponibles dans le temps imparti. L’interdiction du glyphosate pénalise notamment l’agriculture de conservation, une agriculture qui s’applique à protéger la biodiversité du sol pour limiter le travail mécanique qui appauvrit la terre.

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Le glyphosate y est utilisé pour protéger les couverts végétaux. Sans cette substance active, «soit on arrête d’exploiter, soit on revient au traditionnel, à savoir le labour, soit on passe en bio en sachant que ce ne sera pas possible partout», témoigne Gilles Robillard, producteur de grandes cultures en agriculture de conservation des sols, dans l’Yonne. « Le glyphosate, j’en utilise un litre par hectare, c’est l’équivalent d’une bouteille sur le stade de France. Sans glyphosate, je devrais utiliser 50 L supplémentaires de fioul par hectare pour le labour », déplore-t-il. Un véritable retour en arrière, quand on sait tout ce que l’agriculture de conservation présente comme atout au niveau environnemental. Les bénéfices du couvert végétal En effet, l’agriculture de conservation repose sur trois principes agronomiques : la rotation des cultures et des couverts végétaux, la réduction du travail du sol et du trafic sur les parcelles, et la restitution intégrale des résidus de récolte à la surface du sol. Ces pratiques permettent d’optimiser la fertilité du sol, face à l’appauvrissement engendré par le labour, et les couvertures du sol protègent la terre des intempéries tout en enrichissant la biodiversité. De plus, la restitution des résidus augmente la capacité de stockage carbone des parcelles. Néanmoins, la transition entre labour et agriculture de conservation prend plusieurs années avant d’arriver à des rendements identiques, et demande à l’agriculteur de changer son approche pour aller vers une vision plus systémique. A l’heure actuelle, il n’existe pas encore d’alternative au glyphosate qui, toujours utilisé avec parcimonie, permet de maîtriser l’enherbement sur les couverts. Ce qui signifie, pour les agriculteurs engagés dans l’amélioration de leurs pratiques via l’agriculture de conservation, un nécessaire retour au travail mécanique d’ici 2020, avec un impact important en matière d’émission de gaz à effet de serre. «Pour l’instant, il n’existe pas de solution de remplacement au glyphosate, il est donc indispensable de mettre en place des moyens alloués à la recherche et au développement, pour l’agriculture de conservation des sols, mais aussi pour l’agriculture en général et développer les solutions nécessaires pour diminuer l’usage des phytosanitaires, comme le propose le Contrat de solutions», rappelle donc Christian Durlin, responsable de la Commission Environnement à la FNSEA.

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