L'Agriculteur de l'Aisne 27 janvier 2012 à 14h17 | Par Gaetane Trichet

Vie syndicale - L’agriculture vit une vraie mutation

Les adhérents de l’Union des syndicats agricoles du canton de Vervins se sont retrouvés en assemblée générale locale le 17 janvier autour de leur président Marc Leroux.

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Olivier Dauger
Olivier Dauger - © l'agriculteur de l'aisne
Olivier Dauger, président de l’Union des syndicats agricoles, est largement revenu sur la directive cadre sur l’eau (DCE) et des bassins d’alimentation de captage (BAC) ou aire d’alimentation de captage. «Les directives, toutes les tendances et les obligations, ne sont pas franco-françaises à la base. C’est bien l’Europe qui a défini il y a plus de 10 ans, un certain nombre de règles et elle continue à en fixer sur l’eau, sur l’air, aujourd’hui sur les sols. Elle oblige les Etats Membres à des résultats. Ces pays doivent mettre en application des mesures pour arriver aux résultats qu’imposent l’Europe». Certains pays s’adaptent de façon plus pragmatique, mais la France assomme les agriculteurs avec des réglementations toujours plus contraignantes, coûteuses et souvent inadaptées à la réalité du terrain et qui pourraient mettre en péril l’agriculture. «On remet en cause l’agriculture qui est, en France, un véritable atout. Certains politiques commencent cependant à changer d’avis et se rendent compte que c’est un secteur économique important, le troisième pourvoyeur au niveau exportation».
Les nitrates reviennent constamment dans les discussions. Le président de l’USAA a précisé que les nitrates n’étaient pas un problème de santé humaine, mais d’eutrophisation qui se situe dans les rivières et dans les eaux stagnantes. «Tous les ans, la Bretagne est pointée du doigt. Pourtant, il faut savoir que les Bretons ont fait énormément d’efforts.  90 à 95 % de leurs bassins sont cleans aujourd’hui. Mais les 5 % restants sont la proie des journalistes qui généralisent à toute l’agriculture». L’Europe parle bien de nappes et la France a traduit cela aujourd’hui par captages. Sur l’Hexagone, il existe une concentration forte de bassins d’alimentation de captages et des périmètres de protection autour du captage ont été créés : périmètre de protection immédiate (PPI), périmètre de protection rapprochée (PPR) et périmètre de protection éloignée (PPE). Dans l’Aisne, 300 bassins d’alimentation de captage ont été recensés et 170 captages nécessitent la mise en oeuvre des mesures. 450 000 ha de SAU pourraient être concernés rien que pour le département. «C’est une surface importante, d’où l’enjeu pour nous agriculteurs, sachant que l’Administration doit répondre à des obligations de résultat et ce, en 2015»… «C’est un délai trop court et certains pays ont déjà demandé des reports jusqu’en 2021 - 2027 selon la situation des nappes». La FNSEA et l’USAA tentent de faire comprendre que des mesures ont déjà été mises en place comme la directive nitrates. «Nous pouvons encore faire des efforts, mais sans remettre en cause notre métier».
Petite lueur d’espoir dans ce combat, c’est le budget. Un budget qui se resserre partout. «Mettre des mesures en place, oui, sous conditions de résultat. Or, si l’argent public est dépensé dans des outils inadaptés et donc sans effet, certains se feront taper sur les doigts». C’est pourquoi Olivier Dauger insiste auprès de la profession pour être pro-actif, proposer des actions efficaces qui permettraient de réduire les teneurs en nitrates et en azote dans l’eau et les sols. Encore une fois, le président de l’USAA, a affirmé que les agriculteurs n’étaient pas contre des mesures, mais des mesures agronomiques adaptées et adaptables. Pour cela, les instituts techniques, l’INRA,… ont des solutions, des vraies qui permettent de produire plus tout en préservant l’environnement. «Le rôle de la science et de la recherche va être primordial. Des voies de progrès très importantes sont d’ores et déjà confirmées».
Certains annoncent qu’il faut produire moins ? Inadmissible pour le président. La FAO qui prônait le bio, vient  finalement d’annoncer qu’il ne suffirait pas à nourrir toute la planète sauf dans un monde idéal (absence de climat changeant, d’artificialisation des terres, de guerres, de crises financières…).
Désormais, elle dit qu’il faut produire. Le G20 a dit que l’agriculture était géo-stratrégique et qu’il fallait impérativement relancer l’agriculture dans tous les pays. «Il y a donc la place pour plusieurs types d’agriculture» a réaffirmé Olivier Dauger.
Les écologistes pensent que les produits phytosanitaires ne servent à rien. «A nous de montrer que nous les utilisons pour soigner les plantes, avec des mesures de bons sens. C’est comme les antibiotiques, ce n’est pas automatique. N’oublions pas que la baisse de l’IFT est une réalité en France depuis une bonne vingtaine d’années. Il faut expliquer que l’on n’a jamais mis aussi peu de produit que depuis qu’ils existent». Bon nombre des concitoyens sont restés sur une vision de l’agriculture d’après-guerre. Depuis des années, elle a évolué. L’exemple de  la betterave en dit long.

Pourquoi pas les circuits courts ?
Le métier évolue et sera différent de celui d’hier. Les débouchés aussi. «Nous avons constaté une forte demande de proximité de la part des consommateurs. Les circuits courts sont en pleine explosion». Il y a 5 ou 10 ans, c’était un marché de niche. Aujourd’hui, «cela devient une filière économique à part entière de création de valeur ajoutée sur laquelle nos exploitations ont toute leur place». Pour preuve, Terroirs de Picardie, la marque lancée il y a trois ans, a vendu pratiquement 17 millions d’unités produits en 2011. Personne ne s’y attendait. Ce qui est certain, c’est que l’agriculture sera de plus en plus diversifiée. Sur les méthodes de production et sur le type de produits sortis. «On aura toujours besoin d’une agriculture de masse, par contre sachons aussi utiliser le créneau de proximité» a conseillé Olivier Dauger.

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