L'Agriculteur de l'Aisne 11 juillet 2014 à 08h00 | Par Actuagri

Xavier BEULIN, Président de la FNSEA : «C’est une satisfaction de voir que l’agriculture est prise en compte»

A la sortie de la conférence sociale pour l’emploi qui s’est tenue à Paris les 7 et 8 juillet, le président de la FNSEA a livré ses impressions quant à l’avancée des revendications destinées à favoriser l’emploi dans le secteur agricole qui en est pourvoyeur.

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Xavier Beulin, président de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles).
Xavier Beulin, président de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles). - © l'agriculteur de l'aisne

La FNSEA était présente à six des sept tables-rondes de cette conférence sociale. Quelles étaient ses propositions principales ?

Ces deux jours de conférence sociale ont permis à la FNSEA et aux organisations agricoles de se retrouver pour faire avancer leurs propositions et faire part de leurs difficultés en matière d’emploi. Je voudrais revenir sur les thèmes qui me paraissent les plus importants. La croissance tout d’abord, sans laquelle on ne peut pas retrouver une politique d’emploi digne de ce nom. Nous avons insisté, à nouveau, sur tout ce qui peut y concourir pour la France : la compétitivité des entreprises, la compétitivité de l’économie et notamment de l’économie agricole, le rôle des filières, la simplification administrative, et en dernier lieu la capacité de mettre en adéquation les cursus de formation, formation initiale ou continue, avec les besoins en matière de qualification et d’emploi. Sur cette question de la formation, j’ai aussi insisté sur l’apprentissage et sur l’alternance car pour y accéder, il faut en effet des conditions financières, des conditions d’emploi, mais aussi des conditions réglementaires. Et je souligne ici une spécificité du monde agricole : les employeurs ne peuvent plus faire pratiquer certains gestes à des apprentis en raison du risque d’accident (voir encadré). On est allé trop loin. Une deuxième mesure sur laquelle nous avons déjà insisté mais sur laquelle je me permets de revenir, c’est la simplification. C’est un grand mot, mais nous en avons besoin dans la filière agricole, comme nous l’avions déjà affirmé dès les Etats généraux de l’agriculture en février dernier. Ce n’était pas le sujet en soi mais dans son propos, le Premier ministre a rappelé cette nécessité pour la France d’alléger un certain nombre de procédures, d’aller plus vite sur d’autres. Ces sujets nous concernent particulièrement en agriculture où les délais administratifs sont très longs, ce qui est un frein à l’emploi.

La compétitivité est un des chevaux de bataille de la FNSEA. Quels leviers pour la renforcer tout en créant de l’emploi ?

Au-delà de la simplification déjà évoquée, je pense à trois domaines en particulier sur lesquels nous pouvons apporter notre contribution : tout d’abord, le soutien aux investissements, dans les exploitations, mais aussi dans les filières, dans les entreprises agroalimentaires. Nous avons les structures en France, la BPI, les collectivités, mais aussi nos propres fonds d’investissement dont nous devons faire un vrai levier d’action. Nous avons aussi parlé de mise en cohérence vers une politique sociale européenne. Un discours auquel nous sommes habitués, mais la nouveauté cette année c’est qu’on parle enfin d’un minimum social européen. L’Allemagne va le faire elle-même avec des dispositifs particuliers, mais des exonérations dans le secteur agricole ce dont nous ne sommes pas vraiment satisfaits, mais on avance vers une convergence. Enfin, je mentionnerais l’innovation et la recherche, plus précisément le progrès appliqué à l’agriculture sur lequel il ne faut pas être trop frileux. C’est un moyen pour le secteur agricole d’atteindre la triple performance, économique, écologique et sociale. Sur ce sujet fondamental, nous espérons que le Ministre aura su interpréter notre demande dans la loi d’avenir. C’est un des facteurs, avec l’audace des agriculteurs et l’ensemble des compétences du pays -instituts de recherche, Chambres d’Agriculture- qui pourront nous permettre de rattraper le différentiel français en matière de compétitivité.

Suite à la lettre envoyée à Manuel Valls et au Président avec sept autres organisations patronales au sujet de la mise en pratique du pacte de responsabilité, vous aviez pu constater une ouverture de la part du Premier ministre sur la pénibilité. La conférence sociale a-t-elle permis d’aller plus loin ?

Le Premier ministre a rappelé que sur les dix mesures prévues, quatre seront effectives au 1er janvier 2015 tandis que les six autres le seront en 2016, ce qui nous laisse une année pour discuter à la fois du fond et de la forme. Sur la forme, j’ai à nouveau demandé que l’on tienne compte du caractère très spécifique des petites et moyennes entreprises. En agriculture, nous sommes la plupart du temps de petites entreprises et nous ne pouvons pas avoir, sur la mise en œuvre de ces mesures de pénibilité, la même infrastructure que les grandes entreprises qui ont par exemple un service de ressources humaines. Il faut donc absolument réajuster.

Avez-vous l’impression d’avoir été entendu ?

On est dans une démarche de dialogue social que le Premier ministre a la volonté de poursuivre. C’est une satisfaction de voir que l’agriculture est prise en compte, et la FNSEA en tant que telle comme représentant des employeurs dans ce dialogue social. C’était déjà le cas précédemment mais le fait d’avoir créé un secteur multiprofessionnel avec les professions libérales et l’économie sociale et solidaire nous donne une place nouvelle, une place supplémentaire. A nous de l’occuper et surtout, à nous de faire remonter les revendications propres à nos secteurs.

La réaction de Jérôme Volle, administrateur de la FNSEA (Commission emploi et formation)

Lever les contraintes pour favoriser l’apprentissage en milieu agricole

La FNSEA est prête à relever le défi de l’apprentissage, à plusieurs conditions, notamment celle de lever les contraintes pour les apprentis de moins de 18 ans. Juridiquement, ils ne peuvent pas accomplir les gestes concrets au cours de leur apprentissage, puisque cela implique de monter sur un escabeau, d’utiliser des outils comme les sécateurs ou les outils de manutention, ou conduire les machines, tous ces outils qui sont l’essence même de l’attractivité de notre métier et qui sont interdits aux mineurs pour prévenir les risques d’accident. Or, si les jeunes viennent vers l’agriculture, c’est pour apprendre ces gestes-là, le matériel leur plait. Avec des conditions réglementaires trop poussées, on décourage à la fois les apprentis et les maîtres d’apprentissage qui n’ont pas de travail intéressant à leur confier. C’est d’autant plus dommageable que le taux de rupture d’apprentissage est faible dans le secteur agricole, à peine 11 %. On ne veut pas des mesures pour développer le quantitatif, mais le qualitatif, ce qui peut se faire par un partage de la responsabilité : cette dernière ne doit pas reposer sur le seul maître d’apprentissage, les droits et devoirs sont aussi ceux de l’apprenti.

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